Le Figaro.fr – Par Laurence Haloche

Clotilde Noël: « Non seulement les enfants porteur de trisomie ont une place, mais ils nous réveillent »

 

INTERVIEW – Mère d’une famille nombreuse et fondatrice de l’association Tombée du Nid, Clotilde Noël publie un nouveau livre dans lequel elle se confie sur ses deux petites filles handicapées.

 

Clotilde Noël, auteur et fondatrice de l’association Tombée du nid.  Le 21 mars, Journée mondiale de la trisomie 21. Une date sur un calendrier, un quotidien pour Clotilde Noël, Marie, trisomique, et Marie-Garance, polyhandicapée. Une folie ? Plutôt une folle histoire d’amour dont le récit, Risquer l’infini*, vient de paraître. Elle y témoigne du bonheur que sa famille et son couple ont trouvé en osant ouvrir les bras. Une joie qu’illustre aussi l’opération « Grand shooting », initiée par son association “Tombée du Nid”. Des portraits, des sourires, des regards exposés sur le site (Tombeedunid.fr) et du 20 au 22 mars, à la mairie du Ve arrondissement de Paris.

 

LE FIGARO. – Mère, mère courage, sainte femme… Comment vous présenter ?

 

Clotilde NOËL – Je suis une épouse, une mère… une mère amour. Si notre aventure familiale n’avait reposé que sur le courage, elle se serait vite écroulée. C’est l’amour qui nous nourrit, qui permet de donner. Adopter Marie et Marie-Garance a créé une vraie dynamique pour notre famille, une porte ouverte sur une autre vie…

 

Ce type d’engagement reste rare…

 

Adopter des enfants malades, c’est prendre un risque un peu fou, ça engage toute une vie, mais on a tous une belle histoire d’amour à vivre. Il faut juste trouver le chemin, différent pour chacun. Avec Nicolas, mon mari, plus on avance, plus c’est simple… Notre chemin de vie est avec nos enfants, c’était écrit. Un petit garçon sera bientôt auprès de vous. Pourquoi cette troisième adoption?

 

Clotilde Noël.- Nos enfants nous l’ont demandé! « Vous n’en aviez pas assez ? » Ça aussi, on l’a entendu. Des gens ne nous parlent plus. Pourtant, on n’impose nos choix à personne, je n’ai pas écrit mon livre dans le but d’inciter quiconque à adopter. En ce qui me concerne, je ne me dis pas que j’ai neuf enfants ; je suis mère de famille, c’est tout!

 

Quelles sont les grandes figures dont l’action vous anime ?

 

Mère Teresa qui ne s’est jamais préservée, Jean Vanier, Stan Rougier, Frédérique Bedos dont le parcours la conduit à aller vers l’autre. Plusieurs personnalités sont catholiques comme vous. Avoir la foi vous aide? On peut être à la recherche de l’autre sans pratiquer une religion, ou à travers d’autres confessions. La foi qui m’anime immensément m’aide à avancer, à abandonner mes résistances, à dépasser ma petite personne… Mais ça ne suffit pas: la foi en la vie, l’amour de mon mari, de mes enfants, l’aide des médecins, des spécialistes comptent aussi !

 

Quels préjugés encore attachés à la trisomie 21 restent à combattre ?

 

Clotilde Noël.- On pense encore trop souvent que le handicap implique une vie bousillée. Nul ne souhaite y être confronté, mais derrière cette réalité, qui est un choc, il peut y avoir une vie de famille magnifique. Non seulement ces enfants ont une place, mais ils nous réveillent. Ils ont une capacité de bonheur beaucoup plus grande, n’ont pas de mécanisme de méchanceté, ils sont sensibles, spontanés, intelligents… Ils ont beaucoup à nous apprendre.

 

Que vous ont appris vos filles ?

 

À aimer plus profondément encore en tant que mère et épouse. En se cognant aux difficultés, on se remet en question, on réapprend tout: la différence, l’importance de vivre plus intensément et mieux une vie dont on voit la finitude, être dans l’émerveillement de l’instant et pas toujours dans l’après…

 

Que transmettent Marie et Marie-Garance à leurs frères et soeurs ?

 

L’amour de l’autre : comprendre que chacun a une valeur hors de tout préjugé. Je suis heureuse d’avoir des enfants libres qui savent s’adapter, qui ne se moquent pas, ne critiquent pas… Voir un nid s’agrandir provoque un incroyable sentiment de plénitude partagé, ça dilate le coeur et donne envie d’aimer à l’infini.

*Éditions Salvator, 192 p., 14,90 €. Les bénéfices des ventes sont reversés à l’association (Tombeedunid.fr).